En titrant son exposition L’Huile et l’Eau, Nicolas Daubanes fait de deux liquides non miscibles des entités à part entière. Quel que soit les forces extérieures, leur violence, leur opiniâtreté, pour les faire se mêler, ils ne le feront qu’illusoirement, et cohabiteront séparément par un habile stratagème du premier, créer ses bulles de résistance au sein du second, un temps, avant de se fuir et de rester dans une situation d’attente, de flottement sempiternel comme une observation conjointe à travers la fine surface qui les rapproche autant qu’elle les disjoint.

L’application dans un contexte social de cette « non miscibilité » est plus nuancée mais, là encore, les individus subissent des contraintes, des pressions, d’intensité variable, continuellement. Lorsqu’elles deviennent trop puissantes, trop vives, quelles stratégies de lutte, mettent en place des hommes, des femmes, des adolescents, des enfants, puisant dans la créativité et déployant des trésors d’imagination, afin de survivre ou de se préserver un espace de liberté contre l’oppression suffocante en présence ?

Notre monde brûle, Nicolas Daubanes - L'huile et l'eau (Palais de Tokyo, 2020)

Cette résistance, Nicolas Daubanes, l’illustre par un panel de représentations qui forme l’espace d’exposition et le remplisse. Dans l’air, flotte la voix d’Akhenaton, membre du groupe marseillais IAM, qui narre les récits de personnes expérimentant des situations de vie contraintes et contrariées, qu’ils soient issus d’événements historiques ou des réflexions sur la société. Au centre, un pilier avec l’inscription « We are men, I am a man ; celle-ci semble (re)placer les Hommes sur un pied d’égalité et témoigner de la revendication de l’individualité au sein du collectif. Intemporel, ce pilier parait porter des traces d’impacts de balles, symboles de probables exécutions ou règlements de comptes. Et de s’interroger, « pour quelle(s) raison(s) ? Pour la revendication de ses idées ? Pour avoir simplement été qui on est ? Pour un motif bien plus absurde, aléatoire ou injuste encore ?

Notre monde brûle, Nicolas Daubanes - L'huile et l'eau (Palais de Tokyo, 2020)
Notre monde brûle, Nicolas Daubanes - L'huile et l'eau (Palais de Tokyo, 2020)

Les murs, eux aussi, portent les traces de la contestation, ceux des lieux de pouvoir. Ainsi, deux dessins à la limaille de fer, retenue sur le papier par aimantation (superposition d’une feuille magnétique, d’une plaque de métal et d’une feuille de papier blanc) représentent pour l’un, l’Hôtel de ville de Paris et, pour l’autre, le Ministère des Finances, retourné. Deux monuments comme des personnifications de la puissance et du poids des décisions qui y sont prises, pouvant être perçus comme imposants, inaltérables voire inébranlables et qui, pourtant, s’atténuent par endroits, leur silhouette se devinant seulement. Ils semblent avoir perdu une partie de leurs fondements, de leur architecture et apparaissent alors vulnérables, instables, incertains. Comme le soulignait Nicolas Daubanes, « Aucun bâtiment n’est innocent. ».

Nicolas Daubanes, L’Huile et l’Eau
Palais de Tokyo 13 Avenue du Président Wilson 75116 Paris
Exposition du 21 Février 2020 au 13 Septembre 2020 

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